Aujourd’hui j’ai croisé un homme
Au cœur rempli de peur
L’esprit fermé, rempli de haines
Occupé à pétrir des raisons de détruire
Qui fermentent lentement
Au chaud
Derrière de faux sourires
Aujourd’hui j’ai croisé un homme
Sans gêne et lâche
Qui n’est pas ce qu’il dit
Qui ne dit pas ce qu’il est
Ni ce qu’il fait
Un homme qui fuit les miroirs
Prétend s’appuyer sur l’histoire
Qui vit dans le passé
Passé du monde utile
Passé partiel et partial
Passé personnel en partie inventé
Aujourd’hui j’ai croisé un homme
Qui a honte de lui
Mais qui toise de ce qu’il croit être haut
Fixe de loin des yeux le bout de ses souliers
Et prétend enseigner le seul juste chemin
Qui quand il prend une main
C’est juste pour serrer
Un homme en fait perdu
Petit homme, petits pieds
Petit horizon nu
Aujourd’hui j’ai croisé un homme, ou presque
Morne et vide, véhément
Affreux pantin grotesque
Qui se croit à l’image d’un dieu
Auquel il ne croit pas
Qui se nourrit de paradoxes futiles
Petit qui se grandit en écrasant les autres
Hyperactif et vain
Gonflé comme un levain
Velléitaire de l’essaimage de soi
Travesti d’une humanité vieille dont il serait l’Oracle
Le pinacle
Aujourd’hui j’ai croisé un homme
Et j’ai eu peur, moi aussi
Peur parce qu’il n’est pas seul
Parce que le croire est simple
Le voir inconfortable
Parce que dans le crépuscule
On ne voit que les contours de ceux qui se mettent dans la lumière
On ne voit pas l’intérieur
Sans le sonder vraiment
Sans savoir où chercher
Aujourd’hui, alors que la fin du monde est proche
J’ai croisé un homme comme tant d’autres
Arrogant, inconscient,
Qui persiste à danser
Seul au milieu de ses semblables
Au bord du précipice
Sa danse aveugle et fière et pétrie d’artifices
Et cela m’a fait mal à mon humanité
05.11.2025