Matin blanc

C’était un matin blanc dans un jardin en ruines
Mes rêves m’oubliaient en fond de solitude
J’étais ailleurs et seul j’en avais l’habitude
Je contemplais la vie dont je crains la jachère

Un ciel lourd de menaces écrasait la cité
Je bêchais sans relâche mes idées potagères
S’enfuir dans le réel dans un monde agité
Dans mon âme des fleurs dans un jardin en ruines

La population ivre aux rêves lancinants
A contemplé la mort par-delà ses gouttières
Depuis notre naissance on vit tous à crédit
Horrible litanie de l’humain sur la terre

On ne sait plus mourir pas plus qu’être vivants
La forme a avili, le format rendu sot
La lumière a éteint le soleil sur nos peaux
Aux rêves lancinants tout n’est plus qu’interdits

La liberté aussi est un prix à payer
Et il est difficile de le croire illusoire
Tant mieux dans les salpêtres où croulent mes méninges
Naufragé de l’humain triste absent du carnage

Que l’on s’inflige tous sans refuser d’y croire
Lucide au coin des yeux sous la pudeur d’un linge
Linceul belliqueux sur nos yeux pour oublier
On voit s’y dessiner l’âme d’un savant outrage

Certains qui me rencontrent m’imaginent transparent
Ils me voient à travers mais ne voient pas dedans
L’âme démultipliée à travers nos cristaux
Qui seraient horrifiés d’y trouver leur image

Nous sommes déconfinés et sous nos oripeaux
J’avais presque oublié que les gens étaient beaux
Dans leurs colères sourdes ils ourdissent les maux
Carnassiers implacables, anges macabres et faux

Des voitures silencieuses remplies de gens masqués
A l’allure menaçante sur des trottoirs épars
Cherchent le réconfort d’arrêter quelque part
Un rêve de printemps, une insensible aurore

Dans une danse sordide par nos feux embarqués
Le seul combat qui vaille lutte contre la mort
Mort de la vie, mort de la mort, sans plus d’envies
Douce léthargie à qui reste sur le parvis

Les plantes même ont compris à chercher la lumière
On parle de changer on cesse de le faire
Vociférer la paix mensonge d’harmonie
Au milieu de l’exubérante cacophonie

Il reste dans le sable un parfum d’avanie
L’air est chargé chagrin de nos rares aventures
Réminiscences en vain des âmes et la suture
Du temps qui passe guérit sa lente litanie

Être mis dans une boîte c’est être mis en cage
L’inégalité c’est quand les rêves sont étroits
Le chemin n’est et n’a jamais été si droit
Que la destination soit à notre avantage

Le tsunami qui vient m’achève de prémisses
Au blanc à la lisière sereine et ineffable
Le jour où j’ouvrirai enfin en grand la grande table
Pour tous mes invités humains in extremis

Parce qu’il en va des mots comme des calories
Certains ne nourrissent pas et durent moins longtemps
Creux ils perdent le fil à la porte du temps
Dans l’horizon éteint en silence je souris


19.09.2020