Incultes pompiers pyromanes

Quand viennent les flammes
Seuls les pyromanes brassent du vent

On ne gagne pas une guerre dont on est l’ennemi
En rêvant de conquêtes conquises de haute lutte
Quand le raz-de-marée menace notre butte
On modèle l’amont et on pense à demain, pas aujourd’hui

Quand les recueils de poésie s’échangent sous le manteau
Comme de la contrebande, en secret, discrets,
Quand à porter un masque on préfère un bandeau
Vivre en bande comme un troupeau surjoué, surfait

Croire à une oasis de dissidence au milieu de la bien-pensance
Le faux pas du moindre faut pas, joutes verbales comme une évidence
A la moindre différence
Pas de pitié, plus d’innocence
Prétendre et faire semblant en guise de connaissance
Croire à son importance

A trop ruminer sa bienveillance, à vouloir penser pour d’autres
Là où l’exemple seul devrait suffire, ou pas
Le verbal est verbeux, la vérité est nôtre
Guide nos vies, guide nos pas
Qui ne convainquent pas
Appâts à pas à pas

La société est délitée
Même la musique immatérielle
Être exploité pour exister
Et survivre aux indifférents

Toute vie culturelle n’est plus qu’une vacuité d’abonnement
Immatériel, transitoire, arbitraire, formaté, limité
Les salons virtuels cultivent l’inimitié
En territoire conquis, vivent les boniments

Comme si la notoriété faisait de nous une cible
Tant rêvée qu’impossible
De safaristes aigris en quête de trophée
Pour les murs tristes et gris d’une vie à étouffer
Des murs à étoffer
De leur vide, de leurs cris

On se définit par ce qu’on maudit
Interdit
Dit et redit,
Vivre dans l’indigence de l’esprit et le taudis de l’oubli
Vivre dans le bruit

Comment trier ces mots, filtrer les sédiments
Quelques pépites rares au profond des marais
Le précieux, l’utile, le pertinent
Aux milieux où on se complait

Derniers aventuriers anonymes
En mal de sensations et sans reconnaissance
Quelques poètes rêvent encore d’antonymes
D’explorations ensemble, d’importance du sens

Les feuilles d’automne aussi en tombant font du bruit,
Tout comme les ruisseaux qui gonflent les rivières,
De leurs filets discrets et leurs gouttes incessantes,
Tous importent tout autant que le vaste univers

Mais personne n’est plus là pour entendre la vie
Sur le brasier bruyant du monde qui s’asphyxie
A répéter un air qui en devient vicié
Personne n’est plus là même pour avoir pitié

Et quand viennent les flammes
Comme pris de folie
Sans doute l’esprit oxydé par trop d’air trop gratuit
Trop d’oxygène en vain

Préférant se vouloir importants que vivants
Même pas amoureux des moulins
Quelques fous pyromanes
Brassent du vent


24.10.2020