Le moment

Je ne veux pas mourir
Aujourd’hui, ni demain
Rien ne peut justifier ce départ infini
Ni la folie des hommes
Les guerres et les pouvoirs
Ceux qui les veulent d’ailleurs n’en profitent jamais

Je ne veux pas souffrir
Je veux rire, je veux boire
Je ne veux pas la léthargie
De notre époque morne et sans histoire
Sans saveur, lisse et fade

Je ne veux pas m’éteindre
Dans une béatitude sans gloire
Une vie morne plaine
Qui n’est plus qu’une façade
Rentrer dans le rang, quand même se plaindre
Obéir à des codes prévisibles et risibles

La vie moderne manque sa cible

Je ne veux pas mourir
Surtout pas m’éteindre de mon vivant
Je ne veux pas souffrir
Je voudrais y être prêt pourtant
Je n’ose pas, je voudrais tant
Mais dans la fourmilière humaine de nos villes
Je trouve comme tous l’équilibre servile
Entre l’ennui qui guette et la folie qui point

Équilibre précaire
Compromis acceptable
La tête dans le sable
Par crainte des mâchoires, des machines redoutables

Et je m’accroche à l’horizon
De l’œil de ma raison
Un espoir, un mirage sage
Mi-docile, mi-rage
Jour après jour, maladroitement
Au gré des défaites et des victoires
Des aléas du temps
Vivre, quand j’y parviens,
À travers les joies, les surprises, les tourments
Intensément,
Le moment.


19.11.2024 – Bellinzone