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J’ai suivi, océans, le capitaine Nemo
Jusqu’à la fin des mots
Dans le désert, Muad’dib, j’ai connu tes souffrances
Tout savoir, tout le temps, errances et délivrances
J’ai parcouru les plaines infinies d’Omale
Les univers sans fin d’un Bordage inspiré
Connu les personnages de tant de vies passées
En parallèle
Sur le vent de tant d’ailes
J’ai fait le tour de tant de mondes
Quelques semaines, quelques secondes

La tête sous le joug de dictatures orwelliennes
J’ai vu l’humanité sombrer dans ses démons
J’ai suffoqué, hurlé, vidé sang de mon cœur
Les cris de mes poumons
Eu tant de frères, tant de sœurs,
Dans le monde en aval qui craignait son amont

J’ai connu la prison
Connu la trahison
J’ai eu tant de maisons
Tant de reflets, tant de poisons
Tant de passions
Crimes de sangs, espoirs, frissons

Victime, auteur de tant d’enquêtes
Dans d’incroyables quêtes
En péril
J’ai pu m’enfuir avec mes poètes en tête
Baudelaire, Lautréamont, Su Dong Po, Hesse, fêtes
Inespérées dedans quand le monde plein de haine
Sans gêne
Me faisait mal à l’âme
Au feu de tant de flammes

Ûdun et son feu sombre
Des cavernes-tombes remplies d’ombres
Aux forêts de première lumière
Magiciens, sorcières,
Créatures étranges, fascinantes, singulières
Meurtries ou meurtrières
Des îles imaginaires
Des songes volant dans le vent
De mondes parallèles
De la poussière, de fée, d’âmes de morts ou vivants
Fantasmés, irréels
Héros et chevaliers, monstres, dragons, nobles ou infâmes,

J’ai connu le tranchant de millions de lames
J’ai connu le désir de tant d’hommes et de femmes
Résurrections sans fin d’un Malhorne imprévu
Le vide de l’espace, la Terre, vu et revu
Le froid de mers sans vie, la brûlure de soleils
Lointains, proches, familiers, j’ai reconnu le ciel
De notre vie, si brève, qui finira bientôt,
Les hauts, les bas, la vie d’un vrai Monte-Cristo

Quand le monde chavirait dans d’étranges travers
J’ai connu mille été, survécu mille hivers
Face aux vents d’une horde au chaud dans ma cordée
Un alpinisme horizontal
Je me suis laissé emporter
Tant de mondes, tant de vies,
Aucune envie jamais restée inassouvie
Tant de marées, tant d’étals
Mon cœur mille fois brisé me serre comme un étau
Tant de morts déjà que l’immortalité est pour bientôt
Pourtant tout aurait pu, tout aurait dû, m’être fatal

J’ai plongé dans les rêves sans songer au retour
Et connu le chagrin de longues guerres sans trêve
J’ai vécu mille vies, embrassé mille lèvres
Connu le vrai amour, je suis mort, j’ai vécu

J’ai vécu tant de longues journées, d’aventures, de grands soirs,
Que j’en ai oublié sans doute,
Lests un temps reposés sur le bord de la route

J’ai connu la magie dans un monde sans histoire

J’ai connu tant de livres
Si souvent été ivre

Jamais la solitude, seul dans ma vie, le soir,
Quand le monde endormi ronfle repus ses sens
D’un sommeil lourd de brute
D’images grossières éculées et sans lutte
Itérations sans but, sans saveur et sans gloire

Je déploie les mirages de mes lignes, mon essence
J’allume mes histoires
Je consume en un feu un air si léger qu’il me porte
Au-delà l’horizon m’emporte
Sans pouvoir revenir

Vague mélancolie
De ne jamais partir
Vraiment
Qu’un instant

Vite soignée d’un mot
D’un autre
D’un autre encore

Et tandis que se plante, dans un nouveau décor
Une nouvelle histoire
Je suis guéri
Je rêve encore


11.03.2025